Fonction publique, pas épargnée, Les témoignages

« Il ne s’agit pas uniquement de me plaindre mais d’alerter »

Mardi 10 Novembre 2020, les enseignants sont en grève. On dit qu’ils dénoncent un protocole sanitaire très insuffisant, c’est vrai. Mais le problème est bien plus large.

Voici le témoignage de Justine.

Il faut quand même que ce soit dit.

Voici le résumé de l’année scolaire 2020-2021 du point de vue d’une enseignante (pour ce que j’en sais aujourd’hui).

  • Rentrée en pleine crise sanitaire avec pour seul dispositif du gel dans les établissements, et quelques masques en tissus fin pour l’année.
  • Du numérique plein les programmes réformés, avec des ordinateurs qui mettent 20 minutes à s’allumer, au moins trois postes qui ne fonctionnent pas par salle informatique.
  • Des épreuves de baccalauréat fixées au 15 mars (soit au lendemain de l’arrêt du second trimestre) alors même que les programmes ont été densifiés.
  • Aucune réponse à apporter aux élèves que je vois 7 heures par semaine à la question « on fait quoi du coup madame après le 15 mars ? »
  • Un énorme programme à boucler en entier en deux trimestres avec des classes de 32 élèves, en même temps qu’il faut évaluer au moins 3 fois par trimestre (soit 6 heures de « perdues » par trimestre). Soit le passage d’une logique d’enseignement avec tout ce que cela suppose à une logique de production en masse de chapitres à boucler en 10 jours et d’évaluation massive. (Belle contribution pour la lutte contre l’obscurantisme, la formation à la citoyenneté, à la curiosité, l’autonomie de pensée).
  • Un programme intégrant des notions qui ne correspondent pas à la spécialité pour laquelle j’ai passé le concours et sur lesquelles je n’ai pas été formée.
  • Une rentrée de Toussaint sous plan Vigipirate, confinement, protocole sanitaire annoncé renforcé qui ne l’est pas, nous laissant nous débrouiller.
  • Un salaire de 1700e après 4 ans d’enseignement, un concours, 7 ans d’études et une mutation en région parisienne où chacun connaît le niveau des loyers.

Et bien sûr tout le reste en temps classiques : rajouter des points aux examens pour les statistiques du ministère, chiant littéralement sur notre travail de l’année, faire la police toute la journée, être muté dans une région où l’on a plus aucun pouvoir d’achat, me fournir moi-même mes outils de travail et me dire que si mon ordinateur me lâche il me faut 600e ce soir à Darty pour continuer à bosser, entendre mentir dans les médias nos responsables politiques (on est prêt, 95% de réussite,…), ne pas avoir le temps de se consacrer aux élèves trop nombreux et en difficulté, des élèves qui traînent des lacunes depuis la 6e, rentrer tous les soirs épuisée nerveusement et physiquement.

Personne ne m’a appris à utiliser ma voix sans me faire mal aux cordes vocales, à me tenir debout des journées entières sans faire souffrir mon dos mes jambes

Se dire qu’il faut redoubler de travail et d’efforts pour arriver à faire quelque chose de bien malgré ces conditions, bosser jusqu’à 23h tous les soirs de la semaine, se lever le dimanche pour corriger les copies, être en vacances, encaisser plein de sous-entendus (tu es encore en vacaaaances !), aller au lycée un samedi avant la rentrée pour discuter en CA du renforcement d’un protocole sanitaire qui n’est pas renforçable, avoir les infos via les médias et pas via mon ministre, souhaiter me péter une cheville pour repousser la rentrée, avoir la boule au ventre et l’envie de tout envoyer bouler, avoir une responsabilité pour le 15 mars, avaler des couleuvres avec mes collègues et faire croire aux élèves que j’ai des réponses à leurs questions et que je pense que ce que je fais sert à quelque chose, prévoir une minute de silence, ravaler ma haine, mes larmes, ma désillusion, mon impuissance et ma peur et aller préparer un nouveau chapitre.

Tout ça est bien dans le désordre et il ne s’agit pas uniquement de me plaindre mais d’alerter au moins mon petit cercle sur la sale gueule de l’école, de ce que le service public fait pour (contre ??) nos élèves et sur les profs en vacances. Bien sûr il y a pire, bien sûr l’école garde sa plus grande importance pour beaucoup de jeunes, mais on est en France, on parle de l’école, de la responsabilité, du bon sens des gens, plus que jamais, il faut que nous soyons plus exigeants que ça.

Bon courage à tous pour la période que nous vivons et pensons à nous aimer et à regarder autour de nous toutes les petites beautés qui peuvent se trouver sur nos chemins !

Vous aussi, vous souhaiter témoigner ?

Alerter, dénoncer, raconter, partager, sensibiliser ?

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